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GRI : Définition, objectifs et rôle dans le reporting de durabilité

23-02-2026 - par Célestine Moreira

GRI : Définition, objectifs et rôle dans le reporting de durabilité

 

Qu’est-ce que la GRI ? Définition et origine des standards

 

Définition de la GRI


La Global Reporting Initiative (GRI) est une organisation internationale indépendante qui élabore des normes et des standards destinés à encadrer le reporting de durabilité des entreprises et des organisations. Créée à la fin des années 1990, elle est aujourd’hui considérée comme l’un des référentiels les plus utilisés au monde pour structurer la publication d’informations environnementales, sociales et de gouvernance (RSE) et pour favoriser un développement durable au sein de chaque entreprise et de ses initiatives.

 

À l’origine, la GRI naît d’un constat simple : les rapports RSE publiés par les entreprises manquaient d’harmonisation et de cohérence globale. Chacune choisissait ses indicateurs, son périmètre et son niveau de détail. Résultat : des documents difficilement comparables, parfois très orientés marketing, souvent incomplets et peu exploitables pour le suivi des données et des informations sur la durabilité. Les investisseurs, ONG et régulateurs réclamaient davantage de transparence et surtout un cadre commun pour les principes de reporting durable.

 

La GRI a donc été conçue pour répondre à plusieurs enjeux structurants :

  • Proposer un langage commun du reporting de durabilité
  • Standardiser les normes et les indicateurs ESG
  • Permettre la comparabilité des données et des informations d’une entreprise à l’autre
  • Renforcer la crédibilité des informations publiées
  • Intégrer une logique multi-parties prenantes dans l’analyse des impacts

 

Cette approche multi-parties prenantes est centrale. Contrairement à des cadres initialement pensés pour les marchés financiers, la GRI s’intéresse en priorité aux impacts des entreprises sur l’économie, l’environnement et la société. Elle s’inscrit dans une logique de développement durable : rendre des comptes sur ses impacts, positifs comme négatifs, et encourager des initiatives responsables au sein de chaque organisation.

 

Aujourd’hui, des milliers d’organisations à travers le monde utilisent les standards GRI, selon les données publiées par l’organisation elle-même et relayées par des institutions internationales et des blogs spécialisés sur le développement durable et les initiatives RSE à l’échelle globale.

 

Les évolutions récentes des standards GRI


La GRI n’est pas restée figée. En 2021, elle a publié une révision majeure de ses normes. Cette mise à jour répond à plusieurs objectifs : renforcer la qualité des informations publiées, clarifier certaines exigences et améliorer l’articulation avec d’autres référentiels internationaux de durabilité.

 

Depuis cette révision, les standards GRI reposent sur une logique modulaire structurée autour de :

  • Universal Standards : applicables à toutes les entreprises et organisations
  • Topic Standards : thématiques (climat, droits humains, déchets, impact, etc.)
  • Sector Standards : spécifiques à certains secteurs d’activité pour assurer un développement durable ciblé

 

Cette architecture modulaire vise à améliorer la cohérence et la lisibilité du rapport et des données publiées.

 

Autre évolution importante : l’alignement progressif avec les exigences européennes. Depuis l’adoption de la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) et le développement des standards européens ESRS par l’European Financial Reporting Advisory Group (EFRAG), la question de la convergence des normes et du reporting durable est devenue centrale. La GRI a engagé un travail d’interopérabilité avec les ESRS afin de limiter les redondances et faciliter la transition des entreprises vers les nouvelles obligations européennes tout en respectant les principes fondamentaux de développement durable.

 

Quels sont les objectifs des standards GRI ?

 

Structurer et fiabiliser le reporting ESG


Le premier objectif des standards GRI est d’apporter une structure claire au reporting ESG pour toutes les entreprises souhaitant publier un rapport de qualité. Dans un contexte où les données extra-financières deviennent stratégiques, la qualité méthodologique est déterminante pour le développement durable.

 

Les standards GRI permettent notamment :

  • La standardisation des indicateurs : émissions de gaz à effet de serre, consommation d’énergie, diversité, santé et sécurité au travail, pratiques fiscales…
  • La mise en place d’un cadre commun de collecte de données extra-financières
  • L’amélioration de la traçabilité et de la fiabilité des informations publiées

 

En structurant la publication d’informations autour d’exigences précises, la GRI contribue à réduire les risques de greenwashing et à respecter les principes d’un développement durable efficace. Elle impose la description des méthodes utilisées, des périmètres couverts et des hypothèses retenues.

 

Elle répond également aux attentes croissantes des parties prenantes :

  • Investisseurs, qui cherchent des données comparables et robustes pour évaluer l’impact des entreprises
  • Clients, attentifs aux initiatives durables et à la stratégie de développement durable
  • Salariés, soucieux de la cohérence entre discours et pratiques
  • Régulateurs, qui exigent davantage de transparence et de conformité aux normes de durabilité

 

Dans ce contexte, le reporting GRI devient un outil de crédibilisation de la stratégie ESG et un levier de développement durable pour l’entreprise.

 

Favoriser la comparabilité internationale


Un autre objectif central de la GRI est la comparabilité à l’échelle globale. Les chaînes de valeur sont internationalisées, les investisseurs opèrent sur plusieurs continents, et les enjeux de durabilité dépassent largement les frontières nationales.

 

Les standards GRI sont utilisés dans plus de 100 pays, selon les données publiées par l’organisation et reprises par plusieurs analyses internationales. Cette adoption large en fait un point de référence global et renforce la visibilité des initiatives durables des entreprises.

 

La GRI travaille également à l’harmonisation avec d’autres cadres de reporting, notamment ceux développés par l’International Sustainability Standards Board (ISSB), créé par la Fondation IFRS. Même si leurs approches diffèrent (l’ISSB étant davantage centré sur la matérialité financière), des travaux d’alignement ont été engagés pour faciliter la cohérence des informations et des données publiées dans chaque rapport.

 

En contribuant à cette convergence, la GRI participe à un mouvement plus large de normalisation du reporting ESG et encourage les initiatives responsables dans toutes les entreprises. À terme, l’objectif est clair : réduire la fragmentation des normes et simplifier la lecture des informations pour les marchés et les parties prenantes à l’échelle globale.

 

Comment fonctionne le référentiel GRI ?

 

La structure des standards GRI


Le fonctionnement du référentiel GRI repose sur une logique structurée et progressive, permettant à chaque organisation et entreprise de publier un rapport clair et cohérent.

 

Les Universal Standards constituent le socle. Ils incluent :

  • Les principes de reporting
  • Les exigences générales de publication
  • La description de la gouvernance et de la stratégie
  • La méthode d’analyse de matérialité et d’impact

 

Les Topic Standards couvrent des thématiques spécifiques, comme :

  • Le climat et les émissions
  • L’eau et la biodiversité
  • Les droits humains
  • Les pratiques d’emploi
  • L’éthique des affaires

 

Enfin, les Sector Standards apportent des exigences complémentaires adaptées aux enjeux propres à certains secteurs (énergie, agriculture, services financiers…), permettant aux entreprises de publier des informations pertinentes et des données utiles pour le suivi du développement durable.

 

La notion de matérialité dans la GRI


La matérialité est au cœur du référentiel GRI. Elle repose sur une logique dite de matérialité d’impact : l’entreprise doit identifier les enjeux sur lesquels elle a les impacts les plus significatifs, qu’ils soient environnementaux, sociaux ou économiques.

 

Cette approche diffère de la double matérialité introduite par la CSRD en Europe, qui combine :

  • La matérialité d’impact (impact de l’entreprise sur la société et l’environnement)
  • La matérialité financière (impact des enjeux ESG sur la performance financière de l’entreprise)

 

La GRI reste centrée sur l’impact externe de l’organisation. Concrètement, cela influence directement le contenu du rapport ESG : seuls les sujets jugés matériels doivent être détaillés, avec des indicateurs précis et des explications qualitatives, permettant d’évaluer les initiatives et la durabilité globale des entreprises.

 

Cette démarche implique un travail structuré :

  • Identification des parties prenantes
  • Cartographie des enjeux
  • Évaluation de la gravité et de la probabilité des impacts
  • Validation par la gouvernance

 

Le rapport devient alors le reflet des priorités réelles de l’entreprise, et non une simple liste d’indicateurs.

 

Quel est le rôle de la GRI dans le reporting ESG aujourd’hui ?

 

La GRI comme socle historique du reporting RSE


Historiquement, la GRI est considérée comme le standard le plus utilisé au monde pour le reporting RSE. De nombreux rapports publiés avant l’entrée en vigueur des obligations européennes s’appuyaient déjà sur ses normes.

 

Son influence dépasse d’ailleurs son propre cadre. Les travaux menés au niveau européen pour élaborer les ESRS ont intégré des références aux standards GRI, notamment sur la structuration des indicateurs d’impact et la qualité des informations. Même si le paysage réglementaire évolue rapidement, la GRI conserve un rôle structurant dans l’écosystème international pour les entreprises souhaitant publier des rapports de développement durable.

 

GRI et CSRD : complémentarité ou substitution ?


La question revient souvent : faut-il abandonner la GRI au profit des ESRS imposés par la CSRD ?

 

La réponse est plus nuancée. La GRI est un standard volontaire, alors que la CSRD est une obligation réglementaire applicable à un nombre croissant d’entreprises européennes.

 

Cependant, les deux cadres ne sont pas opposés. Au contraire, ils peuvent être complémentaires :

  • La GRI peut servir de base méthodologique pour structurer la collecte des données et des informations
  • Les travaux d’interopérabilité facilitent la correspondance entre indicateurs GRI et exigences ESRS
  • Les entreprises opérant à l’international peuvent continuer à utiliser la GRI pour assurer la cohérence globale de leur rapport et de leurs initiatives durables

 

Plutôt qu’une substitution, on observe une logique d’articulation respectant les principes fondamentaux du développement durable.

 

La GRI comme outil stratégique (au-delà du reporting)


Réduire la GRI à un simple exercice de publication serait une erreur. Utilisée intelligemment, elle peut devenir un outil stratégique pour piloter les initiatives et la durabilité de l’entreprise.

 

D’abord, en interne, elle structure la gouvernance ESG : clarification des responsabilités, formalisation des processus de collecte, pilotage d’indicateurs clés et suivi des données sur la durabilité.

 

Ensuite, elle facilite le dialogue avec les parties prenantes. Un rapport structuré selon un standard reconnu internationalement renforce la crédibilité et la lisibilité des informations, des données et des initiatives durables.

 

Enfin, dans un contexte de concurrence accrue sur les critères ESG, la capacité à produire des données fiables et comparables peut devenir un avantage compétitif. Les entreprises qui anticipent, structurent et pilotent leurs impacts et initiatives seront mieux préparées aux évolutions réglementaires et aux attentes des marchés.

 

À mesure que la normalisation du reporting ESG s’intensifie, la question ne sera plus seulement “faut-il publier ?”, mais “comment transformer la donnée ESG en levier stratégique ?”. Et sur ce terrain, la GRI reste un point d’appui solide pour construire un rapport robuste, cohérent et tourné vers l’avenir durable à l’échelle globale.

 

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