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GHG Protocol : le guide complet pour comprendre et appliquer la méthode

14-01-2026 - par Célestine Moreira

GHG Protocol : le guide complet pour comprendre et appliquer la méthode

 

Qu’est-ce que le GHG Protocol ?

 

Origine et gouvernance du GHG Protocol


Le GHG Protocol est né à la fin des années 1990 d’un constat simple : en l’absence de cadre commun, les organisations mesuraient leurs émissions de GES (Gaz à Effet de Serre) selon des méthodologies hétérogènes, rendant toute comparaison difficile, voire impossible. Pour répondre à cet enjeu, le World Resources Institute (WRI) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) ont lancé le GHG Protocol avec l’objectif de créer un standard international, robuste et largement adopté.

 

Sa gouvernance repose sur une logique multipartite. Les standards sont élaborés et mis à jour à travers des processus de consultation impliquant entreprises, experts climat, institutions publiques, ONG et acteurs financiers. Cette approche collaborative explique en grande partie pourquoi le GHG Protocol s’est imposé comme la référence mondiale de la comptabilité carbone, utilisée aussi bien par les entreprises que par les régulateurs et les investisseurs.

 

Objectifs et cibles du GHG Protocol


L’objectif principal du GHG Protocol est de fournir un cadre méthodologique clair pour mesurer, comptabiliser et déclarer les émissions de GES (gaz à effet de serre) de manière cohérente et transparente. Il vise à améliorer la qualité des données carbone, leur comparabilité dans le temps et entre organisations, et leur crédibilité auprès des parties prenantes.

 

Le protocole s’adresse à un large éventail d’acteurs : entreprises de toutes tailles, collectivités, institutions publiques, ONG, mais aussi décideurs politiques et acteurs financiers. Au-delà de la simple mesure, le GHG Protocol a été conçu comme un socle pour structurer des stratégies climat, fixer des objectifs de réduction et suivre les progrès réalisés dans un contexte de plus en plus exigeant sur le plan réglementaire et extra-financier.

 

À quoi sert le GHG Protocol pour les entreprises ?

 

Le GHG Protocol pour structurer son bilan carbone


Pour les entreprises, le GHG Protocol constitue avant tout un cadre de référence pour construire un bilan carbone structuré et exhaustif. Il permet de définir clairement le périmètre organisationnel, d’identifier les sources d’émissions pertinentes et d’éviter les angles morts dans la comptabilisation des GES (gaz à effet de serre). En s’appuyant sur des règles reconnues, les entreprises posent des bases méthodologiques solides, indispensables pour fiabiliser leur diagnostic carbone.

 

 

Le GHG Protocol pour comparer ses données


L’un des apports majeurs du GHG Protocol est la comparabilité des données. En utilisant un standard commun, les entreprises peuvent suivre l’évolution de leurs émissions dans le temps, mais aussi se situer par rapport à d’autres acteurs de leur secteur. Cette comparabilité est aujourd’hui clé pour répondre aux attentes des investisseurs, des agences de notation ESG et des clients, qui cherchent à analyser des données cohérentes et compréhensibles.

 

 

Le GHG Protocol pour piloter sa stratégie climat


Au-delà du reporting, le GHG Protocol est un véritable outil de pilotage stratégique. En identifiant précisément les postes d’émissions les plus significatifs, il aide les entreprises à prioriser leurs actions de réduction, à engager leurs fournisseurs et à structurer des trajectoires climat crédibles. Les données issues du GHG Protocol servent ainsi de base à la définition d’objectifs climat, notamment dans le cadre d’initiatives comme les Science Based Targets.

 

 

Les 3 scopes du GHG Protocol expliqués

 

Scope 1 - émissions directes


Le scope 1 regroupe les émissions directes de GES (gaz à effet de serre) provenant de sources détenues ou contrôlées par l’entreprise. Il s’agit par exemple des émissions liées à la combustion de carburants dans les chaudières, les fours ou les véhicules de flotte, ainsi que des émissions issues de procédés industriels. Ces émissions sont généralement les plus simples à mesurer, car elles reposent sur des données directement maîtrisées par l’organisation.

 

 

Scope 2 - émissions indirectes liées à l’énergie


Le scope 2 couvre les émissions indirectes associées à la production de l’énergie achetée et consommée par l’entreprise, principalement l’électricité, mais aussi la chaleur ou la vapeur. Même si ces émissions ont lieu chez le fournisseur d’énergie, elles sont attribuées à l’entreprise utilisatrice. Le GHG Protocol distingue deux méthodes de calcul (location-based et market-based) afin de mieux refléter les choix d’approvisionnement énergétique des organisations.

 

 

Scope 3 - autres émissions indirectes


Le scope 3 englobe l’ensemble des autres émissions indirectes générées tout au long de la chaîne de valeur, en amont et en aval des activités de l’entreprise. Cela inclut notamment les achats de biens et services, le transport, les déplacements professionnels, l’usage des produits vendus ou encore leur fin de vie. Bien qu’il soit le plus complexe à appréhender, le scope 3 représente souvent la part la plus importante des émissions totales d’une entreprise, ce qui en fait un enjeu stratégique majeur.

 

 

Comment le GHG Protocol fonctionne-t-il ?

 

La définition du périmètre organisationnel


La première étape d’une démarche alignée avec le GHG Protocol consiste à définir le périmètre organisationnel de l’inventaire d’émissions. Autrement dit : quelles entités, filiales, sites ou activités doivent être inclus dans le bilan carbone de l’entreprise.

 

Le GHG Protocol propose trois approches principales pour répondre à cette question :

  • Le contrôle financier : l’entreprise comptabilise les émissions des entités qu’elle contrôle financièrement, généralement celles consolidées dans les comptes.
  • Le contrôle opérationnel : l’entreprise inclut les activités sur lesquelles elle exerce un contrôle opérationnel, c’est-à-dire là où elle a le pouvoir de mettre en œuvre des politiques environnementales.
  • La participation au capital (equity share) : les émissions sont comptabilisées au prorata de la part détenue dans chaque entité

 

Ce choix n’est pas anodin. Il conditionne à la fois la cohérence du reporting carbone dans le temps, l’alignement avec les périmètres financiers et réglementaires et la comparabilité des données avec d’autres entreprises ou standards. Une fois l’approche retenue, elle doit être documentée et appliquée de manière cohérente d’une année sur l’autre.

 

La collecte des données carbone


Une fois le périmètre défini, l’entreprise peut passer à la collecte des données d’activité, étape souvent la plus chronophage mais aussi la plus structurante.

 

Ces données correspondent aux éléments nécessaires pour calculer les émissions, par exemple :

  • consommations d’électricité, de gaz ou de carburants
  • volumes de matières premières ou de biens achetés
  • kilomètres parcourus pour les transports ou les déplacements
  • quantités produites ou vendues
  • données liées aux déchets ou à l’usage des produits


Elles peuvent provenir de différentes sources :

  • systèmes internes (factures, ERP, outils de gestion)
  • fournisseurs et partenaires de la chaîne de valeur
  • bases de données sectorielles ou moyennes de marché lorsque les données primaires ne sont pas disponibles


Le GHG Protocol recommande de privilégier, lorsque c’est possible, des données primaires, plus précises et représentatives, tout en acceptant le recours à des estimations pour progresser de manière itérative, notamment sur le scope 3.

 

Le calcul des émissions de GES


Le calcul des émissions cabrone repose sur un principe simple : convertir les données d’activité en émissions de GES (gaz à effet de serre), exprimées en tonnes équivalent CO₂ (tCO₂e).

 

Concrètement, cela implique :

  • l’application de facteurs d’émission aux données collectées
  • la prise en compte des différents gaz à effet de serre (CO₂, CH₄, N₂O, etc...)
  • la consolidation des résultats par scope, puis à l’échelle de l’organisation


Le GHG Protocol insiste sur plusieurs principes méthodologiques clés :

  • la transparence des hypothèses et des sources utilisées
  • la cohérence des méthodes dans le temps
  • la pertinence des choix méthodologiques au regard des enjeux carbone de l’entreprise
  • la gestion et la documentation des incertitudes


Cette étape transforme des données brutes en indicateurs exploitables, capables d’alimenter à la fois le reporting et la prise de décision stratégique.

 

Le contrôle et la publication du reporting GHG Protocol


Dernière étape : le contrôle et la restitution des résultats. Le GHG Protocol encourage les entreprises à mettre en place des mécanismes de fiabilisation des données, afin de renforcer la crédibilité du reporting. Cela peut passer par :

  • des contrôles internes de cohérence et de complétude
  • une revue méthodologique des hypothèses clés
  • voire une vérification par un tiers indépendant, notamment dans un contexte réglementaire ou financier


Les résultats peuvent ensuite être publiés via différents canaux :

  • rapports RSE ou rapports de durabilité
  • déclarations réglementaires (CSRD, BEGES, etc.)
  • questionnaires investisseurs ou initiatives volontaires (CDP, par exemple)


Au-delà de la conformité, cette étape de publication joue un rôle central : elle permet de partager une information carbone fiable, de créer de la confiance avec les parties prenantes et de poser les bases d’un pilotage climat dans la durée.

 

Les standards du GHG Protocol

 

Corporate Standard


Le Corporate Accounting and Reporting Standard est la pierre angulaire du GHG Protocol : il définit comment mesurer et déclarer les émissions de GES (gaz à effet de serre) d’une organisation dans son ensemble, en couvrant les gaz du Protocole de Kyoto. Il aide les entreprises à produire un inventaire complet et fiable de leurs émissions, utilisable comme base pour une stratégie de réduction, tout en assurant cohérence et transparence du reporting. Ce standard est pensé principalement pour les entreprises, mais il peut aussi être utilisé par des ONG, des agences publiques ou des universités qui veulent mesurer leurs émissions à l’échelle organisationnelle. Les décideurs et architectes de programmes GHG peuvent s’en inspirer pour définir leurs propres règles internes.

 

 

Corporate Value Chain (scope 3) Standard


Le Scope 3 Standard étend l’inventaire au-delà des émissions directes de GES et de l’énergie achetée : il propose une méthode pour comptabiliser toutes les émissions liées à la chaîne de valeur, en amont comme en aval des opérations d’une entreprise. Cela inclut les achats, les transports, l’usage des produits, la fin de vie, etc. Parce que les émissions de scope 3 représentent souvent la majorité du bilan GHG d’une entreprise, ce standard est devenu un outil essentiel pour identifier les principaux “points chauds” d’émissions de GES et travailler avec les fournisseurs et clients pour les réduire. Il s’adresse surtout aux grandes entreprises et organisations ayant des chaînes de valeur complexes qui veulent mesurer et piloter leurs émissions au-delà de leurs murs.

 

 

GHG Protocol for Cities


Le standard pour les villes, souvent appelé Global Protocol for Community-Scale Greenhouse Gas Emission Inventories (GPC), propose un cadre robuste pour que les collectivités urbaines comptabilisent et déclarent leurs émissions de GES de manière cohérente et transparente. Contrairement aux standards d’entreprise, ici l’unité d’analyse est un territoire géographique (ville, municipalité, agglomération). Il définit comment fixer les frontières, quelles sources inclure (énergie, transport, déchets…), et comment structurer l’inventaire pour assurer comparabilité dans le temps et entre territoires. Ce standard est utilisé par des réseaux de villes et organisations locales pour planifier des actions climatiques et suivre leurs progrès.

 

 

Mitigation Goal Standard


Le Mitigation Goal Standard aide à concevoir, mesurer et suivre des objectifs de réduction d’émissions à des échelles nationales ou infranationales. Il propose une méthode standardisée pour définir des cibles de mitigation (par exemple, -30 % d’ici 2030) et évaluer si les efforts de réduction progressent comme prévu. Bien qu’il soit avant tout pensé pour gouvernements nationaux et régionaux, ce standard peut aussi être utile à des entreprises, ONG ou institutions de recherche qui analysent des objectifs climatiques publics et la manière dont ils se traduisent en impacts GHG réels.

 

 

Policy and Action Standard


Le Policy and Action Standard propose une approche rigoureuse pour estimer l’impact GHG des politiques et actions climatiques, par exemple une taxe carbone, un programme d’efficacité énergétique municipale ou un plan de rénovation des bâtiments publics. L’objectif est d’évaluer de manière cohérente, transparente et comparable comment des décisions politiques influencent réellement les émissions, ce qui aide les décideurs à prioriser leurs efforts et à communiquer clairement sur les résultats attendus. Il est principalement destiné aux analystes et décideurs publics, mais peut aussi être utilisé par des organisations qui évaluent des effets de politiques sectorielles ou locales.

 

 

Product Standard


Le Product Life Cycle Accounting and Reporting Standard se concentre sur les émissions liées à un produit spécifique, depuis l’extraction des matières premières, en passant par la fabrication, le transport, l’usage et la fin de vie. Plutôt que de mesurer les émissions d’une entreprise entière, il quantifie l’empreinte carbone d’un produit ou service tout au long de son cycle de vie, pour aider les entreprises à comprendre où se concentrent les impacts et où les efforts de réduction sont les plus efficaces. C’est une ressource clé pour ceux qui veulent intégrer des critères environnementaux dans le design de produits, répondre à la demande des clients, ou communiquer sur la durabilité de leurs offres.

 

 

Project Protocol


Le Project Protocol est l’outil le plus complet du GHG Protocol pour quantifier les bénéfices GHG de projets concrets de mitigation, par exemple une installation d’énergie renouvelable, une amélioration d’efficacité énergétique ou un projet de reforestation. Il fournit des règles pour définir des lignes de base, mesurer les réductions réalisées et documenter les résultats de façon neutre par rapport aux politiques. Cela en fait une ressource essentielle pour développeurs de projets, investisseurs climat, gouvernements et organisations qui veulent démontrer l’impact réel d’initiatives individuelles sur les émissions GHG.

 

 

Pourquoi le GHG Protocol est indispensable aujourd’hui


Dans un contexte marqué par la montée en puissance des réglementations climat, des exigences de transparence et des attentes des marchés financiers, le GHG Protocol s’impose comme un socle incontournable. Il permet de structurer une information carbone fiable, comparable et exploitable, condition indispensable pour passer du simple reporting à une véritable stratégie de transition. Plus qu’un standard technique, le GHG Protocol est aujourd’hui un langage commun, au cœur de la transformation bas carbone des entreprises et des territoires.

 

 

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