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Comprendre le XBRL dans la CSRD en 2026

14-09-2026 - par Célestine Moreira

Comprendre le XBRL dans la CSRD en 2026

 
Le XBRL reste l'une des dimensions les moins bien comprises de la CSRD, alors qu'il touche directement à la façon dont un rapport sera lu, comparé et audité par les entreprises concernées. Contrairement à l'idée reçue, il ne s'agit pas d'un simple format de fichier, mais d'une manière de structurer chaque donnée pour la rendre exploitable par une machine, au même titre que les chiffres comptables le sont déjà depuis plusieurs années. Ce guide explique ce qu'est ce langage de balisage, comment il s'articule avec les normes ESRS, ce que cela implique concrètement pour une entreprise en reporting, et où en est son calendrier d'application en 2026, notamment depuis la suspension temporaire décidée par le paquet Omnibus. Pour une entrée en matière plus large sur le sujet, notre article sur le format XBRL et la CSRD reste une bonne référence complémentaire. Chez Zei, c'est une question que nous recevons chaque semaine de la part d'équipes en train de structurer leurs rapports extra-financiers, ce qui a motivé la rédaction de cet article.

 

L'essentiel à retenir

  • Il s'agit d'un langage de balisage qui transforme chaque donnée d'un rapport en une information identifiable et exploitable automatiquement par un logiciel ou une IA.
  • Son application s'appuie sur une taxonomie dédiée aux normes ESRS, construite par l'EFRAG.
  • Le marquage numérique des rapports de durabilité est actuellement suspendu depuis le 18 mars 2026 (directive Omnibus I, UE 2026/470), le temps que le règlement ESEF soit mis à jour.
  • Cette pause ne change rien sur le fond. Les entreprises doivent toujours produire des données structurées, traçables et auditables.
  • S'y préparer dès maintenant, en organisant sa collecte de données point par point, évite une refonte complète du processus le jour où le marquage redeviendra obligatoire.

 

De quoi parle-t-on, et pourquoi ce langage a été retenu


XBRL signifie eXtensible Business Reporting Language. C'est un langage qui permet de transformer une information (un chiffre, une phrase, un indicateur) en une donnée identifiée, définie et lisible par une machine. Chaque élément reçoit une étiquette numérique unique, un peu comme un code-barres attaché à chaque valeur. Un logiciel peut alors la retrouver, la comparer d'une entreprise à l'autre, ou l'agréger sans intervention humaine.

 

Ce principe n'est pas nouveau. Il est utilisé depuis plusieurs années côté finance, via le format ESEF (European Single Electronic Format), obligatoire pour les comptes annuels des sociétés cotées en Europe. Le même mécanisme a été étendu au volet extra-financier de la CSRD (émissions carbone, indicateurs sociaux, gouvernance), avec un objectif assumé : sortir le rapport annuel du simple document PDF ou Word pour en faire une base de données exploitable par les régulateurs, les investisseurs et les analystes.

 

Ce que ce format change pour les lecteurs d'un rapport :

  • comparaison facilitée entre entreprises, sans ressaisir manuellement chaque donnée depuis un PDF
  • fiabilité accrue : chaque donnée taguée est reliée à une définition précise (unité, période, périmètre)
  • traçabilité renforcée : la structure du marquage rend visible, pour un vérificateur externe, le lien entre une donnée publiée et l'exigence qu'elle couvre
  • agrégation automatisée des rapports par les bases européennes (comme le point d'accès unique, ESAP), sans traitement manuel

 

L'EFRAG (European Financial Reporting Advisory Group) a été chargé de construire cette taxonomie ESRS, sur le même principe que celle qui existe déjà côté comptable.

 

Comment fonctionne concrètement le marquage numérique


La taxonomie reflète directement l'architecture des normes ESRS. Elle couvre :

 

  • deux normes transversales : ESRS 1 (principes généraux) et ESRS 2 (gouvernance, stratégie, informations générales)
  • dix normes thématiques : cinq pour l'environnement (climat, pollution, eau, biodiversité, économie circulaire), quatre pour le social (salariés, chaîne de valeur, communautés, consommateurs), une pour la gouvernance

 

Chaque exigence de publication est décomposée en points de données individuels, classés selon trois grandes catégories. Pour un panorama complet de ces indicateurs, notre article sur les indicateurs demandés par la CSRD détaille chaque catégorie ESRS :

 

Type de donnée Exemple concret Niveau de comparabilité
Chiffrée Tonnes de CO2 émises, part de femmes au conseil Élevé : données directement comparables d'une entreprise à l'autre
Semi-narrative Case à cocher (oui/non), choix dans une liste fermée Moyen : catégories standardisées, mais moins précises qu'une donnée chiffrée
Narrative Description d'un plan de transition, explication d'une politique RH Faible : contenu plus riche mais moins comparable de façon automatisée


Dans le premier projet de taxonomie (2024), jusqu'à 70 % des données recensées relevaient du texte libre. Une proportion que la Commission cherche à réduire, au profit de données chiffrées plus facilement exploitables.

 

L'ensemble de ces données découle d'un exercice préalable, propre à la CSRD : l'analyse de double matérialité, qui identifie pour chaque entreprise les sujets à la fois significatifs pour son impact sur son environnement et pour son exposition financière. On retrouve la même logique dans l'usage des IRO (impacts, risques, opportunités) au cœur de l'analyse. C'est cette analyse de matérialité qui détermine quelles données une entreprise doit réellement publier, et donc quels éléments seront à baliser une fois le marquage rétabli.

 

S'ajoutent aussi des dimensions, qui permettent de ventiler une même donnée selon plusieurs axes : une liste fermée (un pays, un type de gaz à effet de serre) ou un axe propre à chaque entreprise (une zone géographique, un objectif spécifique).

 

Sur le plan technique, tout repose sur l'Inline XBRL (iXBRL) : les étiquettes sont intégrées directement dans un document HTML, selon les mêmes principes que le format ESEF défini par l'ESMA pour les états financiers. Un même rapport reste ainsi lisible par un humain, tout en restant exploitable automatiquement par un logiciel. Une double lecture qui rend ce format structurant pour l'avenir du reporting extra-financier.

 

Ce que cela implique concrètement au quotidien


Le marquage n'est pas une étape isolée réalisée en fin de processus. Bien pensé, il oblige à revoir la façon dont les données sont collectées en amont, dans l'entreprise. Trois implications concrètes :

 

  • Chaque donnée doit être pensée comme un élément individuel dès la collecte, et non comme un paragraphe rédigé après coup. Un chiffre d'émissions doit être identifiable indépendamment du texte qui l'entoure, avec son unité, sa période et son périmètre clairement définis.
  • Chaque donnée doit rester traçable jusqu'à sa source : méthode de calcul, système d'origine, personne responsable dans l'entreprise. C'est cette traçabilité qui permet, le moment venu, d'appliquer une étiquette sans revenir en arrière sur la collecte.
  • Le processus se rapproche de celui du reporting financier, où la donnée circule dans une chaîne structurée (systèmes source, consolidation, contrôle, publication) plutôt que dans un rapport annoté à la main.

 

C'est précisément sur ce terrain que l'accompagnement d'un outil comme Zei prend son sens : plutôt que de collecter les données CSRD dans des fichiers dispersés, l'enjeu est de les organiser dès le départ un par un, avec leur traçabilité, pour que l'entreprise reste prête le jour où le marquage sera de nouveau exigé. Cette approche évite aussi de dépendre d'un format de sortie unique, puisque les mêmes données peuvent ensuite servir à un rapport CSRD, à une notation ESG ou à une demande d'un client.

 

Où en est l'obligation en 2026 : le rôle de l'Omnibus


En une phrase : l'obligation de marquage numérique des rapports de durabilité est suspendue depuis le 18 mars 2026, mais la logique de fond décrite plus haut reste la référence à anticiper pour toute entreprise concernée.

 

Cette pause vient du paquet Omnibus I, un ensemble de mesures de simplification présenté par la Commission européenne en 2025 pour alléger la charge réglementaire de la CSRD. Sur ce point précis, la directive (UE) 2026/470 modifie l'article 29d : tant que le règlement ESEF (UE 2019/815) n'a pas été mis à jour pour couvrir le volet durabilité, les entreprises n'ont plus l'obligation de baliser leur rapport. Pour resituer l'ensemble du calendrier depuis les premières annonces, notre article sur l'Omnibus et la CSRD retrace les étapes successives.

 

  Régime initial (CSRD, 2022/2464) Situation depuis l'Omnibus I (2026)
Obligation de marquage Étiquetage obligatoire de l'ensemble du rapport Suspendu (article 29d modifié), aucune obligation sur les données de durabilité
Base légale Renvoi au règlement ESEF (UE 2019/815), complété par une taxonomie ESRS Le renvoi existe toujours, mais le règlement n'a pas encore été mis à jour
Format du rapport XHTML avec marquage complet XHTML, mais volet durabilité non tagué
Référentiel technique Taxonomie en cours de finalisation par l'EFRAG (Set 1, août 2024) Version 2024 obsolète, à reconstruire sur la base des normes révisées
Responsabilité des dirigeants Responsabilité collective sur l'exactitude du marquage Les États membres peuvent lever cette responsabilité collective (article 33-1 modifié)
Calendrier de reprise Application prévue dès la première vague de rapports Aucune date ferme, dépend de la révision des normes puis du règlement ESEF


Pourquoi une pause plutôt qu'un maintien de l'obligation ? Parce que les normes ESRS sont elles-mêmes en cours de révision. La Commission a adopté un acte délégué de simplification le 3 juillet 2026, mais ce texte n'est pas encore définitivement applicable. Il est examiné par le Parlement européen et le Conseil (qui peuvent seulement l'accepter ou le rejeter en bloc, sans l'amender), avec une entrée en vigueur attendue entre mi-novembre 2026 et mi-janvier 2027, pour un premier exercice concerné en 2027. Imposer un marquage détaillé sur des normes encore mouvantes aurait obligé les entreprises à baliser deux fois. L'EFRAG doit désormais retravailler son référentiel en conséquence. Son programme de travail 2026 évoque un objectif de livraison d'ici décembre 2026, mais la reprise effective de l'obligation dépendra ensuite des étapes suivantes côté ESMA et Commission, sans date ferme à ce stade.

 

Ce point n'est qu'une des briques touchées par l'Omnibus : le paquet relève aussi les seuils d'assujettissement des entreprises à la CSRD (1 000 salariés et 450 millions d'euros de chiffre d'affaires) et crée une VS (Voluntary Standard), qui remplace la VSME pour les acteurs sortis du périmètre obligatoire. Pour une vue d'ensemble, l'article de Zei sur la CSRD v2.0 et la réforme Omnibus détaille point par point ce qui évolue au-delà du seul volet numérique.

 

Comment s'y prendre en attendant


Cette pause réglementaire ne doit pas être lue comme un motif pour relâcher l'effort de structuration des données. Trois raisons à cela :

 

  • Les entreprises qui organisent déjà leurs données comme des éléments individuels et traçables n'auront qu'une couche technique à ajouter le jour venu, plutôt qu'une refonte complète de leur processus de collecte.
  • La qualité et l'auditabilité des données restent exigées dès aujourd'hui : un rapport de durabilité doit toujours être vérifié par un tiers indépendant, marquage ou non.
  • Des données bien structurées en amont, reliées à une exigence précise, avec leur méthode et leurs preuves associées, facilitent aussi bien le contrôle externe que la réutilisation dans d'autres cadres (taxonomie verte, référentiels sectoriels, demandes d'investisseurs).

 

Le choix de l'outil compte aussi dans cette préparation. Notre comparatif des meilleurs logiciels CSRD passe en revue les options du marché sur ce critère de structuration des données. C'est l'un des axes sur lesquels Zei accompagne les équipes RSE et finance au quotidien, en gardant cette logique de structuration des données au cœur de la plateforme plutôt que de la traiter comme une contrainte de dernière minute.

 

Questions fréquentes


Qu'est-ce que ce format apporte concrètement par rapport à un rapport PDF classique ?
Il rend chaque donnée identifiable et exploitable automatiquement par un logiciel : comparaison entre entreprises, agrégation par les régulateurs, moins d'erreurs de ressaisie.

 

Le marquage numérique est-il obligatoire en 2026 ?
Non. Il est suspendu depuis le 18 mars 2026 par la directive Omnibus I, jusqu'à ce que le règlement ESEF soit mis à jour pour couvrir les données de durabilité.

 

Faut-il quand même publier son rapport dans un format numérique ?
Oui. Les entreprises de la première vague continuent de publier leur rapport au format ESEF/XHTML. Seule l'obligation d'étiquetage du volet durabilité est suspendue.

 

Quel est le lien entre la matérialité et les données à baliser ?
L'analyse de double matérialité, propre à la CSRD, détermine quels sujets et quelles données une entreprise doit publier. Seules les données jugées matérielles font l'objet d'une exigence de publication, et donc, à terme, d'un balisage XBRL.

 

Pourquoi l'EFRAG doit-elle retravailler son référentiel ?
Parce que les normes ESRS sont elles-mêmes en cours de révision (acte délégué adopté le 3 juillet 2026, pas encore définitivement applicable). La taxonomie de 2024 a été construite sur l'ancienne architecture et devra être mise à jour une fois cette révision stabilisée.

 

Une entreprise peut-elle se préparer dès maintenant ?
Oui, et c'est recommandé. Structurer ses données point par point, avec preuves et méthode associées, permet d'éviter une remise à plat complète du processus de reporting le jour où l'obligation reviendra. C'est le type de préparation que des outils comme Zei permettent de mettre en place dès aujourd'hui.

 

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Article mis à jour en septembre 2026, sur la base du cadre réglementaire en vigueur à cette date : directive (UE) 2026/470 (en vigueur), acte délégué révisant les normes ESRS adopté le 3 juillet 2026 (en cours d'examen par le Parlement européen et le Conseil, entrée en vigueur attendue entre mi-novembre 2026 et mi-janvier 2027). Le calendrier de reprise du marquage numérique n'étant pas fixé, il est recommandé de vérifier les publications les plus récentes de l'EFRAG et de la Commission européenne avant toute décision opérationnelle.

 

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