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Comment fonctionne la taxe carbone pour les entreprises ?

20-01-2026 - par Célestine Moreira

Comment fonctionne la taxe carbone pour les entreprises ?

La taxe carbone est devenue un sujet incontournable pour les entreprises qui pilotent leur stratégie climat et leur performance énergétique. Ce mécanisme fiscal pèse directement sur les émissions de dioxyde de carbone et transforme progressivement le paysage économique en orientant les décisions vers des modèles moins carbonés. Pour les directions RSE et les experts ESG, comprendre comment fonctionne la taxe carbone, ce qu’elle implique concrètement et comment réduire son exposition est essentiel pour anticiper les coûts, piloter la transition bas-carbone et rester compétitif. La maîtrise de ce mécanisme devient d’autant plus stratégique que le prix du carbone en France et dans d’autres pays évolue régulièrement, avec un impact direct sur les dépenses d’énergie et les taxes associées. La prise en compte des quotas ETS, du marché carbone et des effets réglementaires liés aux émissions est désormais intégrée dans les décisions financières et opérationnelles des entreprises.

 

Qu’est-ce que la taxe carbone ?

 

Définition et principe de la taxe carbone


La taxe carbone est une fiscalité environnementale qui attribue un prix en euros aux émissions de dioxyde de carbone générées par la combustion d’énergies fossiles ou d’autres sources de gaz à effet de carbone. Elle repose sur un principe simple : plus une activité émet de gaz à effet de serre, plus le coût fiscal associé augmente, impactant directement les coûts d’énergie et les marges des entreprises.

En France, la composante carbone est intégrée à plusieurs taxes sur les produits énergétiques, comme la TICPE sur l’essence et le diesel, ou la taxe intérieure sur le gaz naturel. Ces taxes carbone sont calculées selon des barèmes fixés par les pouvoirs publics et augmentent progressivement pour refléter le prix du carbone et soutenir les objectifs de transition énergétique.

Cette approche s’inscrit dans une logique plus large de tarification du carbone, combinant taxes carbone et mécanismes de marché, notamment les quotas ETS. Ensemble, ces instruments rendent visible le coût des émissions, influencent le marché de l’énergie et orientent les décisions vers des modèles moins carbonés.

 

Le rôle du signal prix carbone

L’un des objectifs majeurs de la taxe carbone est de créer un signal prix puissant, capable d’influencer les décisions économiques. Dans une économie où le prix des biens et services n’intègre pas naturellement le coût environnemental de leurs émissions, le signal prix carbone permet d’aligner coûts économiques et coûts environnementaux.

 

Un signal prix carbone efficace produit plusieurs effets structurants :

  • Réduction des consommations d’énergie fossile, comme le gaz, le charbon ou le fioul
  • Influence sur les investissements, les choix de CAPEX et les décisions stratégiques
  • Sensibilisation des parties prenantes internes aux impacts financiers des émissions

Dans de nombreux pays, ce signal prix est complété par le prix interne du carbone, utilisé par certaines entreprises pour anticiper l’évolution des taxes, des quotas ETS et du marché européen de l’énergie.

 

Quelles sont les entreprises concernées par la taxe carbone ?


La taxe carbone touche toutes les entreprises qui consomment des énergies fossiles, directement ou indirectement. Les principales catégories sont :

  • Les industries à forte intensité énergétique (sidérurgie, chimie, cimenterie), consommant beaucoup de gaz et générant d’importantes émissions de carbone
  • Les entreprises de transport routier ou logistique utilisant des carburants fossiles
  • Les entreprises de services qui consomment du gaz ou du fioul pour le chauffage

Les effets indirects sont également significatifs : des fournisseurs ou partenaires soumis à la taxe carbone peuvent répercuter leurs coûts dans leurs prix, impactant la chaîne de valeur. Les émissions et les prix du carbone sur le marché deviennent ainsi un facteur stratégique de compétitivité.

À l’échelle européenne, des mécanismes comme le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) appliquent une taxe carbone sur les importations de produits énergivores (acier, ciment, aluminium), intégrant les quotas ETS et le prix du carbone. Ce dispositif vise à réduire le risque de délocalisation des émissions et à protéger la compétitivité des industries en France et en Europe.

 

Comment est calculée la taxe carbone ?

 

Les énergies et usages concernés


Le calcul de la taxe carbone repose sur la consommation d’énergie et les émissions de carbone associées. Les principales sources sont :

  • Carburants routiers (essence, diesel)
  • Gaz naturel pour le chauffage et les installations industrielles
  • Fioul et charbon

Chaque énergie a un facteur d’émission qui convertit le volume consommé en tonnes de CO₂. Ce facteur est essentiel pour déterminer la taxe carbone, exprimée en euros, et calculer l’impact sur les coûts énergétiques.

Pour les secteurs très énergivores, la part carbone des taxes peut représenter une proportion importante de la facture énergétique, avec un effet direct sur la compétitivité et le pilotage budgétaire. La combinaison entre prix du carbone, mix énergétique et quotas ETS influence fortement le marché de l’énergie.

 

Le prix de la tonne de CO₂


Le prix du carbone est fixé par les pouvoirs publics et évolue selon les trajectoires climatiques et économiques. En France, il s’intègre dans les taxes sur les énergies fossiles, tandis qu’au niveau européen, les quotas ETS déterminent le prix du carbone sur le marché.

 

Ce prix, exprimé en euros par tonne, impacte directement le calcul des émissions et des coûts énergétiques. Il est régulièrement ajusté pour refléter les ambitions de transition énergétique et les objectifs climatiques des différents pays. Les entreprises doivent intégrer cette variable pour piloter leur stratégie RSE et limiter l’exposition financière à la taxe carbone.

 

Ce que les entreprises paient réellement


Le coût réel pour une entreprise dépend de plusieurs facteurs :

  • Le volume d’énergie consommée et les émissions correspondantes
  • Le mix énergétique (part de gaz, charbon, renouvelables)
  • La capacité à répercuter les taxes carbone dans les prix de vente

Au-delà du paiement direct, des effets de second tour apparaissent lorsque les fournisseurs et partenaires répercutent leurs coûts liés aux émissions, aux quotas ETS ou aux taxes carbone sur le marché. Cette interaction complexe entre prix, énergie et émissions est cruciale pour la planification stratégique.

 

Comment réduire son exposition à la taxe carbone ?

 

L’impact de la taxe carbone


Avant toute action, il est indispensable de mesurer l’impact de la taxe carbone sur les coûts et la compétitivité. Cette analyse permet :

  • D’identifier les postes les plus exposés aux taxes sur l’énergie
  • D’évaluer l’impact des émissions sur le prix payé en euros
  • D’anticiper les effets des quotas ETS et des évolutions réglementaires dans différents pays

Dans un contexte de hausse du prix du carbone, cette étape est cruciale pour sécuriser la transition et la rentabilité.

 

La réduction des consommations énergétiques


Le premier levier pour réduire l’exposition consiste à diminuer la consommation d’énergie fossile. Les actions possibles incluent :

 

  • Audit énergétique pour identifier les inefficacités
  • Optimisation des procédés industriels et des systèmes de chauffage (gaz et fioul)
  • Adoption de comportements plus sobres
  • Suivi des émissions et des consommations par activité

Ces mesures permettent de réduire les coûts en euros, les émissions, et l’impact de la taxe carbone sur la compétitivité.

 

La décarbonation des sources d’énergie


Au-delà de la sobriété, la décarbonation vise à substituer les énergies fossiles par des sources bas-carbone :

  • Contrats d’électricité renouvelable
  • Substitution du gaz par des solutions à faible carbone
  • Intégration d’un prix interne du carbone pour guider les investissements

La décarbonation réduit l’effet de la taxe carbone, diminue les émissions et prépare l’entreprise à la montée du prix du carbone sur les marchés ETS. Elle renforce également la crédibilité des engagements ESG et facilite la transition énergétique.

La taxe carbone n’est plus un sujet théorique. Elle fixe un prix explicite aux émissions, influence le marché de l’énergie, les quotas ETS et la planification financière. Pour les directions RSE et les experts ESG, comprendre son fonctionnement, anticiper son impact et intégrer des leviers de réduction d’exposition est indispensable pour piloter efficacement la transition bas-carbone et sécuriser la compétitivité sur le long terme.

 

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