Quels sont les indicateurs-clés pour choisir une assurance responsable ?

01-07-2022 - par Alice Perretta

 

Lorsque l’on choisit une assurance, le critère “responsable” n’est pas forcément le premier que l’on a en tête. Et pourtant, comme pour les banques, cela devrait être une priorité : leurs investissements sont clés pour réussir les transitions environnementales et sociales

Dans cet article, on vous explique ce qui caractérise une assurance responsable et comment en choisir une qui respecte vos valeurs.

 

Une assurance responsable fait preuve de transparence sur ses investissements et investit dans la transition environnementale et sociale 

 

Une bonne manière d’être transparent est de présenter ses actions dans une politique RSE formalisée et accessible à toutes les parties prenantes. Dans le même objectif, elle se doit également d’expliquer clairement à ses assurés où part leur argent : frais de fonctionnement, remboursement des sinistres etc… 

Surtout, l’assurance doit être transparente sur ce qu’elle finance : est-ce qu’elle investit dans des actifs financiers alignés avec la taxonomie européenne ? Est-ce qu’elle désinvestit du charbon et des énergies fossiles ? Pour quel montant et quel ratio de ses actifs ? Quel est l’intensité carbone de ses actifs financiers ? 

L’impact principal d’un assureur provient de ses actifs financiers : c’est ce qu’il faut prendre en compte en priorité lorsqu’on le choisit. 

 

En assurance, il est important de faire la distinction entre la partie “Vie et capitalisation” et la partie “Non-vie”. 

La première inclut l’épargne et la retraite mais également la prévoyance pour tout ce qui concerne le décès, l’invalidité et l’incapacité.

La seconde inclut plutôt la protection pour les dommages aux biens ainsi que la responsabilité et les dommages aux personnes (santé et accidents corporels).

Par ailleurs, l’assurance de personnes est celle qui représente chaque année la plus grande part de chiffre d’affaires, de l’ordre d’environ 75 %. Cela s’explique par l’importante collecte en assurance vie, véritable institution en France. 

Selon les chiffres de 2019 de la Fédération Française des Assurés, l’ensemble des cotisations s’établit à 219,5 Milliards d’euros, dont 163,4 Md € pour les assurances de personnes et 56,1 Md€ pour les assurances de biens et de responsabilité.

 

Quels indicateurs mettre en place pour qualifier une assurance de “responsable” ?

Les plus importants sont ses actifs financiers :

La part des actifs financiers durables

Il s’agit très certainement du critère le plus important pour qualifier une assurance de “responsable” et c’est d’ailleurs l’indicateur qui a le plus gros coefficient sur Zei dans ce secteur.

Mais comment savoir si les actifs sont verts ? Ils doivent impérativement répondre à au moins une des caractéristiques suivantes, émises par le rapport sur la Finance Durable de la Fédération Française de l’Assurance (FFA).

 

Autrement dit, pour être “verts”, les actifs doivent être investis dans… :

 

- Des activités qui permettent d’apporter une contribution significative aux 6 objectifs de la taxonomie verte européenne.

→ À savoir : l’atténuation du changement climatique, l’adaptation, la protection des ressources aquatiques et marines, la transition vers une économie circulaire, le contrôle de la pollution, la protection et la restauration de la biodiversité et des écosystèmes.

 

- Des infrastructures vertes (ex : installations photovoltaïques, champs d'éoliennes...)

- Direct en Green bonds (obligations vertes)

- Des fonds thématiques environnementaux (ex : fonds de capital-investissement)

- L’immobilier vert (bénéficiant de certifications environnementales)

- D'autres produits considérés verts (forêts, part verte calculée sur la base du chiffre d'affaires vert...)

 

Cet indicateur doit être mesuré en pourcentage de ses actifs totaux pour être comparables avec les autres assureurs.

 

 

La réduction de l’investissement dans les énergies fossiles

 

Pour tendre vers un modèle d’affaires plus durable, l’assurance doit s’engager à réduire au maximum la part des actifs financiers dans les énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz).

C’est notamment le cas pour les assurances de biens (IARD) : le refus d’assurer des activités jugées néfastes pour l’environnement peut être un critère fort pour le choix d’un assureur.

Sur Zei, cet indicateur possède le deuxième plus gros coefficient et le score final obtenu correspond à la progression ou plutôt à la réduction de l’investissement dans les énergies fossiles. 

Lorsqu’elles complètent l’indicateur, les entreprises doivent choisir une date de référence depuis laquelle elles ont réduit leur part, et préciser le montant en description lorsqu’elles complètent cet indicateur.

L’idéal est de sortir à très court terme du charbon, puis à moyen terme du gaz et du pétrole.

Une bonne façon de suivre cet indicateur est de regarder la part des actifs financiers d’un assureur en lien avec les énergies fossiles, ou l’intensité carbone de ses investissements (pour 1M€ d’actifs). 

 

Le cas de la MACIF

Par exemple, le groupe MACIF était exposé au charbon fin 2019 à hauteur d’un certain montant et s’est fixé pour objectif de sortir du charbon en 2030. Ce choix s’inscrit dans leur politique RSE de lutte contre le changement climatique et de la préservation de la biodiversité.

Cette stratégie implique également l’exclusion des investissements de la MACIF auprès des entreprises qui ne respectent pas leurs critères (exploitation de mines de charbon, production d’électricité à partir du charbon…)

Plus précisément, la MACIF n’investira plus dans les émetteurs :

- qui tirent plus de 20 % de leur chiffre d’affaires des activités de production ou d’exploitation du charbon thermique.

- dont la capacité de production d’électricité à base de charbon, ou à défaut la capacité installée, excède 20 %

- dont la puissance installée des centrales au charbon dépasse 5 GW.

 

Le cas de Luko

Cette assurance de biens adopte un modèle particulièrement intéressant en proposant un système transparent basé sur le principe de la mutualisation et de la redistribution

 

L’objectif ? Aligner enfin les intérêts des assurés, de l’assureur et de la société.

Après paiement des frais de gestion et remboursement des sinistres, l'ensemble des primes collectées sont reversées à des associations.

 

Au-delà des 2 indicateurs principaux mentionnés ci-dessus (part des actifs financiers durables et réduction de l’investissement dans les énergies fossiles), qui représentent les plus gros coefficients de nos référentiels, il faut également regarder les éléments suivants :

 

 

La réduction de l’intensité carbone

 

Il s’agit du 3ème critère le plus important selon le référentiel Zei. Il s’agit de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Scope 1 et 2 atteint par l’organisation depuis une date de référence (pour compléter ceux liés à son scope 3, inclus dans les 2 indicateurs ci-dessus). 

Comment la calculer ? Elle se mesure en tonne équivalent CO2 par rapport au chiffre d’affaires de l’organisation (en millions d’euros) ou au nombre de collaborateurs (en équivalent temps plein : ETP).

 

La proposition de tarifs préférentiels pour les professionnels engagés

Une assurance responsable va privilégier des clients professionnels qui s’engagent en RSE et pour cela elle peut leur proposer des tarifs préférentiels sur ses prestations.

Pour cela, elle doit l’inscrire dans sa politique tarifaire de manière explicite et claire et le mentionner sur son site internet. 

Le fait que cette politique soit mise à disposition et visible pour l’ensemble des professionnels permet d’inciter les futurs clients à mettre en place ces bonnes pratiques.

 

Le développement d’actions en interne

Bien que les actions internes ne soient pas celles qui ont le plus fort impact, il est tout de même important de rester cohérent et mettre en place des actions concrètes.

L’organisation peut par exemple décider de chercher des solutions pour améliorer sa performance énergétique (énergie liée au bâtiment etc…) ou encore mettre en place une politique d'éco-mobilité pour le trajet domicile-travail de son équipe.

Enfin, la compagnie d’assurance peut choisir de revendiquer un but non lucratif et un principe de solidarité entre adhérents plutôt que la recherche de profitabilité.

 

L’alignement avec la Loi Pacte

Comment ? Par le biais d’un contrat proposant une large gamme d’unités de comptes labellisées (Greenfin, ISR, Finansol), permettant d'orienter l'épargne vers les secteurs les moins néfastes et donc de répondre aux préférences du client en matière de durabilité.

Il est également possible d’intégrer des zones d’exclusion sectorielle et d’intégration de critères ESG dans la politique d’allocation d’actifs du fonds euros, qui représente une part non négligeable des portefeuilles, qui jusqu'à aujourd'hui demeurait totalement opaque.

 

Quel lien entre assurance et enjeux climatiques ?

De par la nature de son activité, le secteur de l’assurance est en première ligne face aux aléas climatiques et joue un rôle majeur dans la prévention et l’indemnisation des sinistres.

Or depuis plusieurs années, le nombre de catastrophes naturelles augmente obligeant les assurances à agir et développer des stratégies pour anticiper les risques.

Selon France assureurs, “le coût moyen annuel des sinistres liés aux événements climatiques est passé d’1 milliard d’euros dans les années 1980 à 4 milliards d’euros au cours des dernières années.” Ils estiment que ce coût pourrait doubler au cours des 30 prochaines années.

Les assureurs ont un rôle à jouer dans la prévention en soutenant l’innovation et les technologies capables d’anticiper les aléas climatiques et de réduire leurs effets. Par ailleurs, c’est également la responsabilité des banques.

Depuis 2015, ils ont également pris un tournant en signant l’accord de Paris et en s’engageant dans le financement de la transition durable. Selon une étude de France assureurs, “les investissements verts des assureurs ont plus que doublé en trois ans, passant de 49 milliards d’euros en 2017 à 113 milliards d’euros à la fin 2020.”

 

Pourquoi choisir une assurance responsable ?

Bien que les français soient de plus en plus nombreux à opter pour une consommation plus responsable, ils sont très peu à faire le parallèle avec leurs contrats d’épargne ou d’assurance.  

Prenons l’exemple de l’assurance-vie, par exemple, contrat le plus couramment utilisé

 

Selon la Fédération française de l’assurance, sur 1 800 milliards d’euros placés au total, seulement 25 milliards d’euros étaient placés sur des “unités de compte responsables, vertes et solidaires”, soit à peine 1,4%...

 

Sources : France Assureurs ; L'Info Durable ; L'Argus de l'Assurance

 

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